Je ne vous souhaite pas la bienvenue, mais un bon départ
Aux dernières nouvelles, la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012. Il devient urgent de faire une œuvre de sa vie. Ou de ne rien faire. Ou encore de réaliser un vieux rêve, de solder des comptes, d'expérimenter, d'essayer de comprendre ce qui nous a échappé durant tant d'années.
Le but de ce blog est de réunir des textes, aphorismes, nouvelles, exercices de style, abordant le sujet.
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 17:16
Pépé patientait en s'emmerdant, allongé sur ce qui devrait devenir d'ici peu son lit de mort. Ses fils s'affairaient, Claude et Marc, les aînés, des jumeaux qui se ressemblaient trait pour trait, à la ferme, et Pascal, le cadet dans son bureau d'où il dirigeait son entreprise de déménagement, à attendre le client et à diligenter les camions et les porteurs. Ses belles-filles faisaient les assistantes maternelles pour arrondir les fins de mois, ce qui leur permettait en outre de nourrir les volailles, les lapins, préparer les repas, aller chercher les enfants à l'école, effectuer le repassage, veiller au paiement des factures, assurer le ménage et surveiller Marisa, l'épouse du déménageur, qui s'occupait du vieux et dont elles se méfiaient.
Tous maugréaient en silence, chacun à son occupation. Une sombre inquiétude plantée dans le crâne.
Il les avait convoqués, tous, le mois précédent, un dimanche soir. Ils s'étaient installés autour du lit, ne sachant trop à quoi s'attendre.
« Mes enfants, avait-il dit gravement, le souffle court. C'est la fin. Je vais crever. C'est de mon âge, hein ! Vous allez vous partager mon bien, il vous revient. De toute façon, vous n'allez pas en profiter longtemps. »
Il se tut. Les fils, leurs femmes se regardèrent sans comprendre. Les belles-filles se mirent à dévisager Marisa à la dérobée. Qu'avait-elle manigancé, cette garce ? Le vieux l'avait-elle mise au courant de quelque chose qu'il ne souhaitait pas leur dire à eux ? Il reprit.
« J'ai lu les journaux. Ma petite Marisa me les apporte toujours. Non, vous n'en profiterez pas longtemps, de l'héritage, la ferme, les meubles, l'argent. Croyez bien que je le regrette. J'ai souvent été dur avec vous, mais c'est parce que je ne savais pas dire que je vous aime. Oui, j'ai lu les journaux, et ils le disent bien ! »
Qu'est-ce que c'était encore que cette lubie ! Ils finissaient de se convaincre que Marisa n'était pas étrangère à cette affaire-là. Et puis quels journaux, d'abord ! Des revues imbéciles composées de potins, de nouvelles inutiles, des attrape-couillons.
« Mes pauvres enfants, ça va être la fin du monde. Tout le monde l'a prédit. Des vieilles civilisations dont je ne sais plus le nom, Nostradamus, des devins des anciens temps, même les scientifiques d'aujourd'hui dont on ne comprend rien à ce qu'ils disent. La fin du monde, oui. Des cataclysmes partout, l'enfer sur terre. Des souffrances épouvantables. Ça correspond à ce qui est écrit dans la Bible. Ah quelle misère. Regardez bien le ciel pour vous préparer. Allez voir le curé, faites bien tout ce qu'il vous dira, des fois qu'il y ait un après. C'était mon devoir de vous prévenir. Allez maintenant, laissez-moi me reposer en paix. »
Et il s'était endormi.
Pépé n'était plus ce qu'il avait été, mais la tête tenait bon, du moins, on en avait l'impression. C'étaient ses pauvres jambes qui ne le supportaient plus depuis sa chute d'un arbre qu'il s'était entêté de vouloir tailler. Il était resté suspendu trois heures, coincé par le bras entre deux branches. A bout de forces, en cherchant à se dégager, son corps était tombé comme un plomb. Il s'était fracassé le bassin. A l'heure du repas, on s'était inquiété de ne pas le voir revenir. On l'avait trouvé là, au bas de son arbre, gueulant tout ce qu'il pouvait, maudissant pêle-mêle sa descendance, Dieu, le voisinage qui pour une fois ne s'occupait pas à l'épier. Tant qu'il gueulait, il y avait de l'espoir. La médecine le sauverait, mais il en conserverait des séquelles. Il garda le lit de nombreux mois, à l'hôpital, puis à la ferme. Il se remit. De ce jour, Marisa fut dévolue au rôle de garde-malade. Elle ne relâchait pas sa présence auprès du vieux, lui prodiguant mille douceurs, particulièrement à l'heure de la toilette où il ne manquait pas de glisser sa main sous la jupe de sa belle-fille qui conciliante, ne lui refusait rien. Sa convalescence s'en trouvait renforcée. Quand le moral va, tout va! Puis un jour, il eut une attaque. Il ne se leva pour ainsi dire plus. Marisa ne s'en occupa pas moins et continua de choyer Pépé avec le même enjouement, ce qui accrut la méfiance de ses belles-sœurs.
Il faut dire que cette belle brune brésilienne dont Pascal s'était entiché en était à son troisième mariage. Veuve deux fois ! Deux fois enrichie par la grâce de la viduité. Elles gardaient l'œil sur cette jolie mante religieuse, aux seins fermes, toujours de bonne humeur, aimante, aux dires de Pascal. Elle avait tous les défauts ! Les maris, Pépé et les enfants l'adoraient ; elles la détestaient.
Quelque temps après son attaque, l'état de Pépé s'était dégradé. Il sentait la mort approcher. C'est à ce moment qu'il fit venir ses enfants. Depuis, il ne cessa de ressasser cette histoire de fin du monde, à toujours répéter les mêmes mots.
« Vous n'en profiterez pas beaucoup... Vous ne me survivrez pas longtemps... Votre temps comme le mien est bientôt venu... Il vous reste moins de deux ans... »
Ça virait à l'obsession. Plus moyen de le visiter sans qu'il ne se lance dans cette foutue litanie. Ça portait au moral. Qu'ils traient les vaches, ils imaginaient l'agonie de leurs bêtes, que le blé mûrisse, ils voyaient se dessécher les épis, qu'ils moissonnent, ils songeaient à des  déluges et au pourrissement des grains et de la paille. Moins attentifs dans leurs travaux, les hommes avaient failli se blesser sévèrement, ils devenaient acariâtres, une ombre permanente planait au-dessus de leurs têtes. Jamais ils ne sortaient plus sans guetter dans le ciel le signe d'un cataclysme qui viendrait des étoiles, sans renifler le vent, des fois qu'ils y eurent décelé  un parfum de tempête.
Pépé les agaçait, ils se montraient bourrus avec lui. Les femmes se faisaient moins aimables. On ne montait plus le voir qu'avec angoisse et rancœur. On ne s'éternisait pas dans sa chambre. Le bonjour sortait sèchement de leurs bouches. Tous s'en rendaient compte, y compris Pépé. Seule Marisa ne changeait pas de comportement à son égard, qui continuait de passer de longues heures avec lui, à lui parler longuement avec douceur, qui changeait ses draps et son linge quand une semi-incontinence l'avait conduit à se mouiller. Il ne la rebutait pas, elle touchait son corps, ne le brusquait pas, à l'occasion ravivait sa virilité de la main et des lèvres.
« Il finirait par nous porter la poisse, avait conclu l'un des jumeaux lors d'un dîner. Il faut qu'il cesse. » « C'est de sa faute à elle, avaient confié dans le secret de leurs chambres respectives les épouses à leurs jumeaux de maris, visant Marisa. C'est elle qui lui a mis ces idées dans la tête, elle l'incite à vous prendre en grippe, à vous déshériter si ça se trouve. » On en viendrait presque à souhaiter sa mort.
A suivre...

Par Le gardien du temps qu'il reste - Publié dans : Nouvelles
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 11:58
1096. Voilà le nombre de jours qui nous séparent de la date fatidique. Trois fois trois cent soixante-cinq jours plus un pour cause d'année bissextile. Si la fin du monde pour l'Homme n'est pas une certitude, il lui en demeure une : l'année 2012 sera bissextile ce qui constitue une grande et belle chose.
Dans l'hypothèse de notre anéantissement ce 21 décembre 2012, il nous reste donc 1096 journées à occuper au mieux. Notre quotidien étant ce qu'il est, autant en sortir.
Je vous propose d'établir ici la liste de 1096 choses ou instants exceptionnels à savourer, une fois dans sa vie avant de trépasser.
Je pourrais choisir 1096 grands crus ou quelques curiosités, 1096 livres à relire ou à découvrir, 1096 chansons à écouter, 1096 tableaux à admirer, mais il serait bien égoïste de ne pas les partager, ne serait-ce qu'en imagination. C'est pour cela que je vous convie à compléter cette liste et que je vous invite à demander à vos amis de faire de même.

1 – Déguster une bouteille de Romanée-Conti – (François) ;
2 – Fumer une pipe d'opium – (François) ;
3 – Lire les Chants de Maldoror – (François) ;
4 – Manger des ortolans – (François) ;
5 – Regarder le soleil se lever au-dessus d'un glacier qui se jette dans la mer au Groenland – (François) ;
6 – Entendre Cyrano de Bergerac – (François) ;
7 – Prendre le petit déjeûner à Santorin – (François) ;
8 – Ecouter la Callas dans Tosca – (François) ;
9 – Nager dans la grotte bleue à Capri – (François) ;
10 – Partager une bouteille de paradis (Beaujolais en début de fermentation) – (François) ;
11 -– Aller à Zanzibar sur les traces de Rimbaud... qui n'y a jamais mis les pieds – (Carlita) ;
12 – Voir une aurore boréale – (Carlita) ;
13 – Partager un Château Pétrus – (Carlita) ;
14 – Retourner à Marrakech et manger des oeufs durs sur la place Jemaa el Fna – (Carlita) ;
15 – Voir une exposition de Nicolas de Stael – (Carlita) ;
16 – Fermer les yeux et, quand je les rouvre, chaque fois voir le visage que l'homme que j'aime penché vers moi – (Carlita) ;
17 – Je voudrais entendre Gérard Palaprat chanter : (voir le texte en commentaire) (Carlita) ;

18 – Rencontrer en vrai certains chouettes potes du net et partager un bon repas et une bonne bouteille avec eux – (Carlita) ;
19 – Dire à tous les gens que j'aime que JE LES AIME (pas si facile...)  (Bibi) ;

Par Le gardien du temps qu'il reste - Publié dans : 1096 choses essentielles à savourer
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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /Déc /2009 19:23
Visitant l'excellent blog d'Appas, j'ai appris que Madame Kévin proposait sur son blog (intellectuel mais pas trop) un petit jeu qui consiste à écrire un texte à partir d'une photo. Trouvant l'exercice amusant et la démarche sympathique, je m'y soumets avec bonheur. Merci Madame Kévin.


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Photo : Tara Donne

Soirée de vacances

Pour s'en sortir, il ne lui restait qu'une solution : entrer dans la quatrième dimension, c'est du moins ce qu'avait affirmé l'agent XB40, venu de la constellation d'Andromède, chargé par les autorités de NG7662, terminologie terrienne de la planète Zulma, de constituer un genre d'arche de Noé interstellaire. La forme humaine de l'agent XB40 parfaitement reproduite bien qu'incomplète, il n'avait nul besoin des organes humains, avait su séduire Karine.
Il l'avait abordée au sortir d'un restaurant dans cette ville balnéaire de la côte Atlantique. Pour son troisième jour de vacances, elle avait de la chance, elle allait peut-être rencontrer l'amour de sa vie. Dommage que la fin du monde était annoncée au premier jour de l'hiver. Après tout il aurait été stupide de dédaigner l'éventualité de cinq mois d'un bonheur total, imbécile et illusoire.
L'agent XB40 avait pris les traits d'un fameux acteur américain. Nulle femme ne pouvait rester insensible au charme subtil de sa moue un peu niaise, de son regard mouillé et dur à la fois et de ses bras puissants. Certes, la vue de son torse musclé et dénué de poils, tout comme son absence de bedaine, ne promettait pas un confort idéal, mais peut-être ne fallait-il pas en demander trop. Lorsqu'il lui proposa d'aller boire un verre, tous les regards s'étaient tournés vers la jeune femme, envieux, étonnés et légèrement déçus du manque de goût de Brad Pitt. La soirée fut merveilleuse. Brad, alias l'agent XB40, était charmant, attentionné. Il parlait doucement d'une voix chaude, certes un peu nasillarde, car son synthétiseur ne datait pas d'hier. Les méchantes langues auraient volontiers comparé son timbre à celui d'un canard monstrueux, mais tout cela n'était qu'exagération, XB40 s'en sortait très bien.
Ensuite, il l'invita à regarder le coucher du soleil sur la plage. Il alla chercher une couverture dans le coffre de sa voiture. Respectant à la lettre un scénario cent fois rabâché lors de son stage de facilitation relationnelle intercommunautaire, il revint avec quelques bières qu'ils ne purent toutefois déboucher faute de décapsuleur. Elle nota qu'il n'avait guère de goût en matière de linge de maison, la couverture en grosse laine s'ornait de figures géométriques roses et bleues. Ils s'assirent sur la plage. Longtemps ils restèrent silencieux, face à l'océan qui s'enflammait. Il lui posa mille questions sur l'avenir dont elle rêvait, ses passions, ses projets.
Ils firent longuement et de nombreuses fois l'amour sur le sable. Il s'appliquait et tentait de se remémorer au mieux la formation d'éducation sexuelle terrestre qu'il avait reçue sur Zulma, cela le renvoyait à plusieurs années-lumière. A l'époque, avec sa camarade de cours ils avaient dû se retenir de rire plusieurs fois tant ils trouvaient l'exercice saugrenu. Aujourd'hui, alors qu'il passait aux travaux pratiques avec une autochtone, il avait eu le plus grand mal à garder son sérieux. Puis il lui parla de sa mission en regardant les étoiles. Il lui semblait que Karine s'obstinait à ne pas comprendre ce qu'il lui expliquait de la sauvegarde des espèces, du programme conservatoire du vivant que les Zulmains avaient mis en œuvre. L'espace d'un instant, il se mit à douter du bien-fondé de son choix en faveur de cette petite brune frisottée au sourire sain et ravissant. Puis il se reprit, réalisant que pour un humain, un voyage interstellaire vers la constellation d'Andromède tenait davantage du délire que d'un banal prélèvement ethnozoologique. Devant ses objections quant au mode et à la durée du transport, il lui parla de la quatrième dimension. Et comme elle éclatait de rire, il l'entraîna sur la couverture aux dessins géométriques. Instantanément ils disparurent.
Au matin, à quelques enjambées d'une voiture abandonnée, ne restaient sur la plage que deux paires de « converse » et deux bières non décapsulées, ce qui laissa la police perplexe.

François D.
 
Par Le gardien du temps qu'il reste - Publié dans : Nouvelles
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 09:13

Sauver le monde – Anagramme


SAUVER LE MONDE
VALEURS DE NEMO
NEVES DE L AMOUR
ROSE DEVENU MAL
UV MODERNE SALE
VENDRE MELO USA
EN MAL D OEUVRES
EMONDE VALEURS
VENDS MORALE UE
ELEVONS DUR AME
REVONS DE LA MUE
AMENDES VOLEURS
MOUDRE VENALES
DUNES VELO RAME
LAVE NOMS DE RUE
VA USER LE DEMON
MONDE VERS L EAU
LE SUD A NOM REVE
SE DAMNE REVOLU
OR MAUVE DE LENS
VE AMUSE LE NORD
VEROLE SUD AMEN

François
Par Le gardien du temps qu'il reste - Publié dans : Sauver le monde
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 11:13
Je vous propose un petit exercice d'écriture.
Un thème :
SAUVER LE MONDE
Une forme :
LIBRE.
Contrainte :
UNE SEULE FIGURE DE STYLE DOIT RÉGIR TOUT LE TEXTE (la préciser)

Envoyez votre texte à cette adresse, il sera publié ici même dans la rubrique Sauver le monde. N'oubliez pas de le signer. Si vous avez un site ou un blog, son adresse figurera dans la liste des liens "Traces et traits de plume". A vos claviers.
Par Le gardien du temps qu'il reste - Publié dans : Sauver le monde
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