Vendredi 11 décembre 2009
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Visitant l'excellent blog d'
Appas, j'ai appris que Madame Kévin proposait sur son
blog (intellectuel mais pas trop) un petit jeu qui consiste à écrire un texte à partir d'une photo. Trouvant
l'exercice amusant et la démarche sympathique, je m'y soumets avec bonheur. Merci Madame Kévin.
Pour s'en sortir, il ne lui restait qu'une solution : entrer dans la quatrième dimension, c'est du moins ce qu'avait affirmé l'agent XB40, venu de la constellation d'Andromède, chargé par les
autorités de NG7662, terminologie terrienne de la planète Zulma, de constituer un genre d'arche de Noé interstellaire. La forme humaine de l'agent XB40 parfaitement reproduite bien qu'incomplète,
il n'avait nul besoin des organes humains, avait su séduire Karine.
Il l'avait abordée au sortir d'un restaurant dans cette ville balnéaire de la côte Atlantique. Pour son troisième jour de vacances, elle avait de la chance, elle allait peut-être rencontrer l'amour
de sa vie. Dommage que la fin du monde était annoncée au premier jour de l'hiver. Après tout il aurait été stupide de dédaigner l'éventualité de cinq mois d'un bonheur total, imbécile et
illusoire.
L'agent XB40 avait pris les traits d'un fameux acteur américain. Nulle femme ne pouvait rester insensible au charme subtil de sa moue un peu niaise, de son regard mouillé et dur à la fois et de ses
bras puissants. Certes, la vue de son torse musclé et dénué de poils, tout comme son absence de bedaine, ne promettait pas un confort idéal, mais peut-être ne fallait-il pas en demander trop.
Lorsqu'il lui proposa d'aller boire un verre, tous les regards s'étaient tournés vers la jeune femme, envieux, étonnés et légèrement déçus du manque de goût de Brad Pitt. La soirée fut
merveilleuse. Brad, alias l'agent XB40, était charmant, attentionné. Il parlait doucement d'une voix chaude, certes un peu nasillarde, car son synthétiseur ne datait pas d'hier. Les méchantes
langues auraient volontiers comparé son timbre à celui d'un canard monstrueux, mais tout cela n'était qu'exagération, XB40 s'en sortait très bien.
Ensuite, il l'invita à regarder le coucher du soleil sur la plage. Il alla chercher une couverture dans le coffre de sa voiture. Respectant à la lettre un scénario cent fois rabâché lors de son
stage de facilitation relationnelle intercommunautaire, il revint avec quelques bières qu'ils ne purent toutefois déboucher faute de décapsuleur. Elle nota qu'il n'avait guère de goût en matière de
linge de maison, la couverture en grosse laine s'ornait de figures géométriques roses et bleues. Ils s'assirent sur la plage. Longtemps ils restèrent silencieux, face à l'océan qui s'enflammait. Il
lui posa mille questions sur l'avenir dont elle rêvait, ses passions, ses projets.
Ils firent longuement et de nombreuses fois l'amour sur le sable. Il s'appliquait et tentait de se remémorer au mieux la formation d'éducation sexuelle terrestre qu'il avait reçue sur Zulma, cela
le renvoyait à plusieurs années-lumière. A l'époque, avec sa camarade de cours ils avaient dû se retenir de rire plusieurs fois tant ils trouvaient l'exercice saugrenu. Aujourd'hui, alors qu'il
passait aux travaux pratiques avec une autochtone, il avait eu le plus grand mal à garder son sérieux. Puis il lui parla de sa mission en regardant les étoiles. Il lui semblait que Karine
s'obstinait à ne pas comprendre ce qu'il lui expliquait de la sauvegarde des espèces, du programme conservatoire du vivant que les Zulmains avaient mis en œuvre. L'espace d'un instant, il se mit à
douter du bien-fondé de son choix en faveur de cette petite brune frisottée au sourire sain et ravissant. Puis il se reprit, réalisant que pour un humain, un voyage interstellaire vers la
constellation d'Andromède tenait davantage du délire que d'un banal prélèvement ethnozoologique. Devant ses objections quant au mode et à la durée du transport, il lui parla de la quatrième
dimension. Et comme elle éclatait de rire, il l'entraîna sur la couverture aux dessins géométriques. Instantanément ils disparurent.
Au matin, à quelques enjambées d'une voiture abandonnée, ne restaient sur la plage que deux paires de « converse » et deux bières non décapsulées, ce qui laissa la police perplexe.
François D.
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